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La Conférence

Extrémité des Amériques : la Patagonie*

* Remarque : les photos accompagnant ce texte ont été prises SANS TELEOBJECTIF !

Le conférencier

Karl Seyns
Guide en montagne breveté, il accompagne les voyages Nature & Terroir

Naturaliste et hispanophone confirmé, il vit sur place 6 mois par an et vous invite à partager sa connaissance et sa passion de ces terres de l’extrême.

Mars 2004


A visiter

• Stand Nature & Terroir
• Hall Activité nature - hébergement

   

Emotions du bout du monde - extrémité des Amériques : la Patagonie

Eléphant de mer austral (Mirounga leonina)
Cet énorme pinnipède passe la moitié de l’année en haute mer, dans les froides eaux antarctiques.
Il se nourrit de calamars, poissons et crustacés qu’il pêche au cours de plongées de 20 à 25 min, entre 500 et 1500 m de profondeur. Au printemps austral, quand arrive le moment de la reproduction et de la mue, il se réfugie sur les plages de sable et de galets du sud argentin. Cinq fois plus gros que les femelles, les mâles peuvent atteindre 5 tonnes. Ils constituent d’importants harems de plusieurs dizaines de femelles qu’ils défendront pendant toute la saison. Ces moeurs donnent lieu à de spectaculaires affrontements. C’est au cours de ces combats que le mâle gonfle l’ étrange appendice nasal qui lui a valu son nom. Les femelles mettent bas, dès leur arrivée, du petit conçu la saison précédente et sont immédiatement disponibles pour un nouvel accouplement. Gauches et maladroits sur le sol, les éléphants de mer souffrent aussi de la chaleur et du jeûne forcé. Au cours de l’été austral, une fois les tâches de reproduction terminées, ils regagnent la mer pour quelques semaines. Nouvelle escale sur les côtes en mars pour la mue, avant de reprendre la migration vers le sud jusqu’au prochain rendez-vous printanier.

PATAGONIE

Le mot à lui seul fait rêver. Gigantesque région au sud du continent américain, l’un des derniers endroits vraiment sauvages de la planète... L’isolement, la rigueur du climat, la force des vents, ont contribué à préserver la beauté naturelle de ces terres indomptées. Grande comme la France et l’Espagne réunies (900.000km2), la Patagonie compte moins d’un million et demi d’habitants, la plupart concentrés dans les villes. Autant dire que l’on ne s’y bouscule pas…

La Patagonie argentine est délimitée au nord par le Rio Negro, au sud par le détroit de Magellan, à l’est par l’Océan Atlantique et à l’ouest par les sommets de la cordillère des Andes. On y distingue trois grands types de milieux.

Le littoral Atlantique

Succession de falaises calcaires, d’interminables plages de sables ou de galets, de criques et de baies de toutes les dimensions, de plates-formes rocheuses, de caps et d’îlots, la côte y est très irrégulière. Le courant des Malouines lave incessamment ces trois mille kilomètres de littoral. Les froides eaux antarctiques passent par dessus la très large plate-forme continentale en charriant d’impressionnantes masses de plancton, d’algues, de petits poissons et de crustacés qui forment le point de départ de chaînes alimentaires complexes. Les grands mammifères marins (baleines, otaries, phoques, dauphins, orques) se donnent rendez-vous pour le festin et des nuées d’oiseaux participent aux agapes. Nous sommes en présence d’une faune marine d’une richesse et d’une abondance inouïes.

Une législation plus stricte a mis fin à la surexploitation et aux excès de pêche et de chasse pratiqués dans le passé et qui ont bien failli provoquer l’extinction de plusieurs espèces. De plus, un réseau de réserves a été mis en place aux endroits stratégiques afin de protéger ces splendides écosystèmes dont la richesse n’a d’égale que la fragilité.

A l’embouchure du rio Negro, le site de Punta Bermeja héberge la plus importante colonie continentale d’otaries à fourrure (plus de 4000 unités) Des milliers de conures de Patagonie, sorte de perruches, nichent dans les falaises, offrant un spectacle chatoyant et coloré. Cinq cent kilomètres plus au sud, l’isthme Ameghino donne accès à la célèbre péninsule Valdes. En forme de rein géant (3625 km2) accroché au continent par une étroite (7 km) bande de terre, la presqu’île est un véritable sanctuaire naturel, tant la faune y est abondante et variée. Les deux golfes (San José et Nuevo) abritent chaque année la reproduction de la baleine franche australe. Les éléphants de mer viennent muer et constituer leurs harems sur les affleurements rocheux. Orques et dauphins patrouillent les côtes à la recherche de nourriture. Huîtriers, mouettes, goélands, brassemers, chionis, skuas, fulmars, pétrels, sternes se partagent plages et promontoires.

Depuis 1972 les scientifiques observent la baleine franche (Eubalaena australis) sur les côtes de la péninsule Valdes. Ils utilisent la forme des callosités blanches présentes sur la peau, variable d’un individu à l’autre, pour les identifier. On a ainsi appris que plus de 600 exemplaires différents sont des visiteurs réguliers de ces eaux. La chasse massive a fait chuter la population mondiale de 100.000 individus à moins de 3.000.

Manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus) © K. Seyns.
Incapable de voler et maladroit au sol, c’est sous l’eau que le manchot donne la pleine mesure de sa virtuosité : propulsé par les puissants battements de ses ailes parfaitement adaptées, il atteint des vitesses de pointe de 25 km /h
Sur les côtes patagones, les premiers manchots, reviennent fin août, pour la mue et la nidification. Accouplements en septembre et ponte dès les premiers jours d’octobre. 40 jours d’incubation. En janvier, les poussins pèsent près d’un kilo et commencent à quitter les nids.
Le jeune manchot est particulièrement fragile. Entre les attaques de goélands, de labbes, de renards ou d’autres prédateurs, 10% seulement parviendront au bout de leur première année.
Février et mars est l’époque des mues. Durant trois semaines, les manchots perdent toutes leurs plumes, ce qui leur interdira l’accès à la mer et à leur alimentation. En avril, équipés d’un nouveau plumage mais amaigris, ils entreprennent la grande migration vers leurs zones d’hivernage, en haute mer.

Et le chapelet de zones préservées continue de s’égrainer à l’infini : Punta Loma (otaries, colonie de sternes), Punta Tombo (plusieurs centaines de milliers de manchots de Magellan), Cabo dos Bahias (limicoles, brassemer à tête blanche, thinicore…).

La steppe

Guanaco (Lama guanicoe) © K. Seyns.
Proche voisin du lama, le guanaco est particulièrement bien adapté aux dures conditions climatiques de la Patagonie: Son épaisse fourrure le protège du froid; sa sobriété lui permet de composer avec l’aridité et sa frugalité de se satisfaire des rares graminées australes. Grégaire et diurne, il se déplace en petites hardes de 5 à 20 individus composées, soit d’un mâle dominant accompagné de ses femelles, soit uniquement de jeunes mâles en attente de créer leur propre troupe. L’hiver, les petits groupes se rassemblent et il n’est pas rare de rencontrer des concentrations de plusieurs centaines d’individus. C’est à ce moment qu’ont lieu les naissances, un seul petit par femelle, après une gestation de 11 mois. Ils téteront au moins pendant trois mois, jusqu’à l’arrivée de la végétation printanière. Cet animal n’est pas en danger, sa population actuelle étant estimée à 550.000 exemplaires. On est cependant loin des 7 millions qui peuplaient la Patagonie à l’arrivée des colons et de leurs troupeaux de moutons.

Les immenses terres séparant le rivage et la cordillère sont sèches, quasi désertiques. La pluviométrie annuelle y est inférieure à 200 mm. Une végétation basse et rabougrie survit dans des conditions extrêmes. Nous sommes dans la steppe aride.

D’étranges et intrépides créatures, particulièrement bien adaptées, en ont fait leur domaine. Le guanaco voisine avec le nandou de Darwin. Les buissons épineux protègent le renard gris, la moufette et le mara (lièvre des pampas).
Le tatou nain se réfugie dans son terrier creusé à même le sable. Le tinamou élégant gratte le sol, le bruant chingolo, le phrygile de Patagonie, les phrygiles petit deuil et charbonnier, le moqueur de Patagonie, égaient les rares arbustes en compagnie d’autres passereaux pendant que le caracara chimango, le caracara huppé, l’urubu à tête rouge, le busard de Buffon et le busard bariolé planent au gré des courants aériens.
Quelques lagunes alimentées par les rares pluies concentrent l’avifaune lacustre : le cygne à cou noir y côtoie plusieurs espèces de grèbes et de canards, l’ouette de Magellan et sa cousine l’ouette à tête grise s’y reproduisent, quelques hérons et aigrettes se mélangent aux flamants du Chili. Comme près du rivage, toute cette faune est peu farouche et se laisse admirer dans d’excellentes conditions.


Tatou © K. Seyns.

La cordillère

Photo © S. Sorbi

Quelques centaines de kilomètres à l‘ouest, la steppe vient butter contre la cordillère. Presque sans transition, l’altitude grimpe. Le désert cède le pas à la forêt du piémont. Les variétés d’arbres capables d’encaisser les terribles conditions climatiques sont essentiellement des Nothofagus (hêtres de Patagonie). Ils abritent quelques espèces endémiques : le colossal pic de Magellan, la buse de Patagonie, le pepoaza œil de feu, la conure magellanique…
Les masses nuageuses amenées par les vents d’ouest, dominants, sont majoritairement arrêtés par le relief et déversent leur charge liquide. C’est ici que naissent les grandes rivières patagones (rios Negro, Chubut et Santa Cruz). De nombreux lacs et lagunes se sont formés au pieds des montagnes, alimentés par la fonte des glaciers et les importantes précipitations.

Encore plus haut, la glace et la roche envahissent le paysage. Nous sommes au royaume du condor des Andes, le plus grand oiseau volant.

L’intrépide voyageur arrivé si loin se voit récompensé par un décor à couper le souffle : une géographie torturée de gigantesques langues de glace dévalant les pentes, de pics mythiques déchirant les nuages, de lagunes aux couleurs changeantes et d’espaces infinis…..Emotions garanties.


Photo © S. Sorbi
   

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