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Apprendre à identifier les oiseaux à l’oreille

Le conférencier

Pour le contacter :
Tél. 04.7634.6944
Fax 04.7634.8617
ceba-roche@wanadoo.fr

Décembre 2003


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Apprendre à identifier les oiseaux à l’oreille

Beaucoup de personnes, même douées d’une oreille musicienne, ont de la difficulté à apprendre à différencier les chants et les cris des différentes espèces d’oiseaux.

Il y a plusieurs raisons à cela. Ayant eu, en 30 années, l’occasion d’animer de nombreux stages d’enregistrement et de reconnaissance des chants d’oiseaux, j’en ai tiré unes certaine expérience que j’essaye de résumer pour vous ici. Il y a quelques « trucs » qu’il est possible d’utiliser pour gagner beaucoup de temps dans cet apprentissage.

Voyons d’abord comment fonctionne la mémoire auditive dans notre cerveau. Les dernières recherches ont confirmé ce que chacun de nous peut expérimenter dans la vie, à savoir qu’il y a deux mémoires : l’une courte, et l’autre longue.

La « mémoire courte » fonctionnerait automatiquement et aurait son siège dans la partie arrière du cerveau, le cervelet. Après chaque événement, comme l’écoute d’un chant d’oiseau, nous gardons les sons et les images dans notre tête, et il est facile de réentendre ou de les revoir dans notre tête, pendant quelques heures, ou même quelques jours.

Mais au bout d’un mois ou d’un an, plus rien ne subsiste, nous ne savons plus donner un nom au chant d’oiseau entendu. Même un ornithologue averti ne pourra pas se souvenir de la mélodie de la dernière Grive musicienne qu’il a entendu, après quelques mois.

La mémoire longue fonctionne différemment. Elle se travaille, il faut lui donner des circonstances favorables. Lorsque c’est le cas, on se souvient, sans aucun effort, et toute sa vie, des chants d’oiseaux. Je me souviens de ma première Grive musicienne enregistrée près de Nantes, en compagnie du Dr André TESSON, en 1958.
J’avais à l’époque un gros magnétophone Radio-Star, une batterie de voiture, un transformateur, et des rouleaux de câbles de 200 mètres de long, le tout ne pesant pas moins d’une centaine de kilos. La « parabole » ne faisait pas encore partie de l’équipement des preneurs de sons animaliers.

J’avais les écouteurs sur les oreilles, et à mesure de l’enregistrement, j’écoutais la mélodie. C’était une Grive musicienne très douée, qui lançait des phrases sifflées en arpèges montants comme je n’en ai jamais entendu d’autres. Après l’enregistrement, je pris plaisir à le réécouter une fois, puis de nouveau, de retour chez moi.

Quel ne fut pas mon étonnement, plusieurs années après, en écoutant la bande en studio, de m’apercevoir que je pouvais pratiquement siffler la mélodie de cette grive sans faute, je la connaissais par cœur ! Sans jamais avoir essayé volontairement de l’apprendre.

Encore aujourd’hui, presque un demi-siècle après, je n’ai rien perdu de cette mélodie merveilleuse. Et il en est ainsi de pratiquement tous les oiseaux que j’ai enregistré, soit plusieurs milliers d’heures de chants.
La raison c’est que ma « mémoire longue » a fonctionné à merveille, celle qui serait située a l’avant du cerveau, et qui, en principe, dure toute la vie.

Qu’est-ce qui a mis en route cette mémoire longue ? Le fait d’enregistrer,
de faire à la fois un travail avec sa tête et avec ses mains, et de pouvoir ensuite réécouter. C’est un peu comme si on avait « écrit » le chant de l’oiseau. Il se grave ainsi, sans aucun effort de volonté, dans notre cerveau.

Au cours de mes stages, j’ai pu contrôler qu’un oiseau « enregistré » était ensuite reconnu et nommé facilement, tandis qu’un oiseau simplement entendu, et nommé sur le moment, s’oubliait rapidement. Donc le fait d’enregistrer nous aide à nous remémorer les chants d’oiseaux.

Il existe d’autres techniques pour apprendre à les identifier. On peut fonctionner avec des onomatopées : la caille chante « paye tes dettes,
paye tes dettes » par exemple. Autrefois, dans les campagnes, on fonctionnait beaucoup comme cela.

On peut aussi essayer de faire des catégories : notes uniques, trilles, chants simples, chants complexes. Cela marche surtout pour les chants courts, et
devient inefficace pour les chants complexes et longs.
J’ai un collègue qui avait trouvé une autre solution : il avait mis dans sa voiture mes 2 cassettes du « WalkBird », qui présentait chaque chant par l’annonce du nom de l’espèce. Il écoutait ces cassettes pendant des heures, à chaque grand voyage, mais sans y prêter la moindre attention consciente.
Il les écoutait « sans les écouter », même en parlant avec son passager. C’était devenu un simple fond sonore.

Après des mois d’écoute, lorsqu’il entendait dans la nature un chant, le nom de l’espèce lui venait immédiatement à l’esprit, tel qu’il était dit dans la cassette. C’était un apprentissage de type « subliminal », c’est-à-dire excluant tout procédé conscient, toute volonté de se souvenir.

Toutes ces pratiques : enregistrement, classement par catégories, écoute subliminale prolongée, donnent accès à la mémoire longue. Mais dans tous les cas il faut trouver un truc, l’écoute simple, même avec la volonté de se souvenir, ne fonctionne pas.

Avec les nouvelles technologies du son : mini disc, CD, et leurs lecteurs portables qu’on emporte sur le terrain, il est possible de faire des comparaisons directes entre le chant d’oiseau qu’on veut identifier, et ceux qu’on a dans la poche. C’est aussi une belle façon de travailler, qui permet de progresser rapidement.

Le fait de rechercher, de comparer, d’éliminer et de trouver finalement le bon chant, suffit à faire passer l’association de ce chant et du nom de l’espèce correspondante dans la mémoire longue.

   

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