La Conférence
Apprendre à identifier les oiseaux à loreille
Le conférencier
Décembre 2003
A visiter
|
|
Apprendre à identifier les oiseaux à loreille
Beaucoup de personnes, même douées dune oreille musicienne, ont de la difficulté à apprendre à différencier les chants et les cris des différentes espèces doiseaux.
Il y a plusieurs raisons à cela. Ayant eu, en 30 années, loccasion danimer de nombreux stages denregistrement et de reconnaissance des chants doiseaux, jen ai tiré unes certaine expérience que jessaye de résumer pour vous ici. Il y a quelques « trucs » quil est possible dutiliser pour gagner beaucoup de temps dans cet apprentissage.
Voyons dabord comment fonctionne la mémoire auditive dans notre cerveau. Les dernières recherches ont confirmé ce que chacun de nous peut expérimenter dans la vie, à savoir quil y a deux mémoires : lune courte, et lautre longue.
La « mémoire courte » fonctionnerait automatiquement et aurait son siège dans la partie arrière du cerveau, le cervelet. Après chaque événement, comme lécoute dun chant doiseau, nous gardons les sons et les images dans notre tête, et il est facile de réentendre ou de les revoir dans notre tête, pendant quelques heures, ou même quelques jours.
Mais au bout dun mois ou dun an, plus rien ne subsiste, nous ne savons plus donner un nom au chant doiseau entendu. Même un ornithologue averti ne pourra pas se souvenir de la mélodie de la dernière Grive musicienne quil a entendu, après quelques mois.
La mémoire longue fonctionne différemment. Elle se travaille, il faut lui donner des circonstances favorables. Lorsque cest le cas, on se souvient, sans aucun effort, et toute sa vie, des chants doiseaux. Je me souviens de ma première Grive musicienne enregistrée près de Nantes, en compagnie du Dr André TESSON, en 1958.
Javais à lépoque un gros magnétophone Radio-Star, une batterie de voiture, un transformateur, et des rouleaux de câbles de 200 mètres de long, le tout ne pesant pas moins dune centaine de kilos. La « parabole » ne faisait pas encore partie de léquipement des preneurs de sons animaliers.
Javais les écouteurs sur les oreilles, et à mesure de lenregistrement, jécoutais la mélodie. Cétait une Grive musicienne très douée, qui lançait des phrases sifflées en arpèges montants comme je nen ai jamais entendu dautres. Après lenregistrement, je pris plaisir à le réécouter une fois, puis de nouveau, de retour chez moi.
Quel ne fut pas mon étonnement, plusieurs années après, en écoutant la bande en studio, de mapercevoir que je pouvais pratiquement siffler la mélodie de cette grive sans faute, je la connaissais par cur ! Sans jamais avoir essayé volontairement de lapprendre.
Encore aujourdhui, presque un demi-siècle après, je nai rien perdu de cette mélodie merveilleuse. Et il en est ainsi de pratiquement tous les oiseaux que jai enregistré, soit plusieurs milliers dheures de chants.
La raison cest que ma « mémoire longue » a fonctionné à merveille, celle qui serait située a lavant du cerveau, et qui, en principe, dure toute la vie.
Quest-ce qui a mis en route cette mémoire longue ? Le fait denregistrer,
de faire à la fois un travail avec sa tête et avec ses mains, et de pouvoir ensuite réécouter. Cest un peu comme si on avait « écrit » le chant de loiseau. Il se grave ainsi, sans aucun effort de volonté, dans notre cerveau.
Au cours de mes stages, jai pu contrôler quun oiseau « enregistré » était ensuite reconnu et nommé facilement, tandis quun oiseau simplement entendu, et nommé sur le moment, soubliait rapidement. Donc le fait denregistrer nous aide à nous remémorer les chants doiseaux.
Il existe dautres techniques pour apprendre à les identifier. On peut fonctionner avec des onomatopées : la caille chante « paye tes dettes,
paye tes dettes » par exemple. Autrefois, dans les campagnes, on fonctionnait beaucoup comme cela.
On peut aussi essayer de faire des catégories : notes uniques, trilles, chants simples, chants complexes. Cela marche surtout pour les chants courts, et
devient inefficace pour les chants complexes et longs.
Jai un collègue qui avait trouvé une autre solution : il avait mis dans sa voiture mes 2 cassettes du « WalkBird », qui présentait chaque chant par lannonce du nom de lespèce. Il écoutait ces cassettes pendant des heures, à chaque grand voyage, mais sans y prêter la moindre attention consciente.
Il les écoutait « sans les écouter », même en parlant avec son passager. Cétait devenu un simple fond sonore.
Après des mois découte, lorsquil entendait dans la nature un chant, le nom de lespèce lui venait immédiatement à lesprit, tel quil était dit dans la cassette. Cétait un apprentissage de type « subliminal », cest-à-dire excluant tout procédé conscient, toute volonté de se souvenir.
Toutes ces pratiques : enregistrement, classement par catégories, écoute subliminale prolongée, donnent accès à la mémoire longue. Mais dans tous les cas il faut trouver un truc, lécoute simple, même avec la volonté de se souvenir, ne fonctionne pas.
Avec les nouvelles technologies du son : mini disc, CD, et leurs lecteurs portables quon emporte sur le terrain, il est possible de faire des comparaisons directes entre le chant doiseau quon veut identifier, et ceux quon a dans la poche. Cest aussi une belle façon de travailler, qui permet de progresser rapidement.
Le fait de rechercher, de comparer, déliminer et de trouver finalement le bon chant, suffit à faire passer lassociation de ce chant et du nom de lespèce correspondante dans la mémoire longue.
|
|
|